L’ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP) était devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), ce vendredi 30 octobre 2026. Mandjan Sidibé a répondu à plusieurs questions relative à sa gestion de cette régie financière entre 2022 et 2024. Dans un long intérrogatoire ce reponsable a livré sa part de vérité par rapport au présumé « détournement de deniers publics, abus de confiance, corruption, atteinte à la liberté d’accès et à l’égalité des chances dans les marchés publics, usage illicite de biens par l’octroi d’avantages injustifiés, concussion et complicité » mis à sa charge.
Après la Cour et le ministère public, l’avocat de l’Etat, partie civile dans cette affaire chercher sans succès à obtenir des aveux du prévenu sur le détournement de 78 milliards de francs guinéens. Une attitude que qualifie Maître Christophe Labilé Koné « une fuite en avant » a-t-il entamé.
« Pour me résumer, M. Mandjan et compagnie sont poursuivis pour un détournement de 78 milliards de francs guinéens. Ce montant leur est reproché parce qu’ils ont géré, à un moment donné, l’Office guinéen de publicité. Comme vous avez pu le constater, il y a eu des défaillances pendant cette gestion, notamment au niveau de la masse salariale, qui a varié d’un moment à l’autre, et des marchés publics passés sans respecter la procédure. Il est poursuivi pour se justifier par rapport aux différents montants qui ont été retirés de la caisse de cette société. Quand l’Inspection générale d’État a examiné sa gestion, il a été constaté, selon le rapport produit, un déficit de 78 milliards de francs guinéens. Pour cette raison, il doit pouvoir prouver », a déclaré l’avocat.
Il a ajouté : « Il essaie de fuir sa responsabilité, lui, parce que c’est lui qui a été entendu aujourd’hui et non les deux autres. Quand on gère, il faut pouvoir rendre compte. Et quand il y a une procédure à suivre, il faut la respecter» dit l’avocat.
La communication institutionnelle au centre des critiques
Me Koné reproche également au prévenu d’occulter l’existence d’une communication institutionnelle. « Une communication institutionnelle qu’on ne peut pas dévoiler devant une juridiction alors qu’on est poursuivi et qu’on pense qu’il y a des points noirs ou des situations que l’opinion publique ne doit pas connaître, c’est une fuite en avant, et nous n’allons pas permettre d’aller dans ce sens. Nous nous focalisons sur le rapport de l’Inspection, et il faudrait qu’il puisse prouver sa gestion par rapport à ces différents montants », a-t-il poursuivi.
Pour l’avocat de l’État, les chiffres appellent des explications : « Vous vous souviendrez qu’il a eu 108 milliards, dont 52 milliards sont partis dans la masse salariale. Figurez-vous que l’OGP est une société commerciale, et une société commerciale doit pouvoir produire de l’intérêt. L’État, qui est le seul actionnaire de cette société, n’est pas en mesure de dire combien il a perçu pendant sa direction. Il parle de deux paiements dont il ne se souvient même pas du montant» regrette-t-il.
Me Koné annonce que l’accusation entend creuser davantage : « Nous allons savoir, pendant sa gestion, combien sont rentrés et combien sont sortis. Même si la communication institutionnelle a un coût, il faudrait qu’on sache ce coût. Et s’il essaie de se justifier comme il le fait, cela voudrait dire qu’il y a eu plus de 108 milliards, car la communication institutionnelle dont il fait état représente beaucoup de milliards. En me fiant au rapport de l’instruction, aux déclarations de Mandjan et aux réponses qu’il a données aux questions posées, je crois qu’il a fait une fuite en avant» a insisté l’AJE.
La défense « totalement satisfaite »
Du côté de la défense, ce début de procès démontre suffisamment l’innocence de son client.
« C’est une satisfaction totale, parce que vous avez suivi les débats. Aujourd’hui, nous avons eu l’occasion de nous exprimer librement sur ce dossier qui a fait tant de bruit dans la cité, et de donner notre part de vérité. Au vu des débats, vous comprendrez que tout ce qui a été dit sur nous n’est pas fondé. La Cour donnera son appréciation souveraine des débats et des moyens que nous développerons pendant notre plaidoirie, mais pour l’instant, nous disons qu’aujourd’hui était une journée de satisfaction », s’est réjoui Me Sékou Traoré.
Réagissant à l’accusation de « fuite en avant » formulée par la partie adverse, l’avocat a répliqué : « Peut-être qu’ils ne veulent pas que leur vérité soit dite, mais notre client a dit toute la vérité» soutient -il.
Le rapport de l’Inspection générale d’État contesté
Le rapport de l’Inspection générale d’État a dominé les débats lors de cette audience. Me Traoré a souligné que le rejet de ce rapport par le prévenu est tout à fait normal, car celui-ci n’a, à aucun moment, été entendu sur ce document jugé accablant. « C’est de droit. D’abord, la loi qui régit le fonctionnement de l’Inspection générale d’État prévoit que son rapport doit être contradictoire. Or ce rapport n’a jamais été opposé à M. Mandjan, qui n’a jamais été appelé pour donner sa version des faits. Les pièces qu’il sollicite, on sait où les trouver, mais ils ne sont pas allés les chercher », a-t-il expliqué.
L’avocat a ensuite développé un second argument, d’ordre juridique : « L’OGP est une société anonyme, nous l’avons martelé dans la salle. Elle est régie par l’Acte uniforme de l’OHADA. Ce ne sont pas les textes régissant le fonctionnement des entités publiques qui sont applicables à une société anonyme. C’est pourquoi, pour les sociétés anonymes, il existe un commissaire aux comptes, chargé de vérifier la vie économique et la sincérité des états financiers. Or ce commissaire aux comptes a déjà validé l’exercice 2022-2023, qui a été transmis à la Cour des comptes, et celle-ci n’a relevé aucune incrimination, aucune faute. Est-ce le rapport de l’IGE qui va remettre en cause la sincérité des états financiers certifiés par un commissaire aux comptes, l’organe habilité à faire ces vérifications ? Je vous laisse apprécier », a conclu Me Traoré.
L’audience a été renvoyée au 2 décembre 2026 pour la suite des débats.
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