Le 24 octobre 2026, devant l’Assemblée nationale, le gouvernement a présenté un budget rectifié marqué par le choc pétrolier, une croissance révisée à la baisse et un cap maintenu sur Simandou 2040.

Le prix du litre de carburant restera à 12 000 GNF, et l’État en paie le prix. C’est le choix assumé du gouvernement dans le projet de Loi de finances rectificative (LFR) 2026, présenté le 24 octobre 2026 aux députés de la 10ᵉ législature par la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, et par le ministre du Plan, de la Coopération internationale et du Développement, Ismaël Nabé.

Un choix : protéger les ménages face au choc pétrolier
Le maintien du prix à la pompe représente 4 576,7 milliards GNF de recettes auxquelles l’État a renoncé. Le projet les intègre et inscrit en plus une provision de 913 milliards pour soutenir le mécanisme de stabilisation des prix des produits pétroliers. La subvention destinée à maintenir le prix atteint 5 489,7 milliards GNF, soit 10 % des recettes fiscales prévues.
Cette politique pèse sur les dépenses, qui progressent de 5,8 %. Les recettes sont révisées à la hausse de 4 206,4 milliards GNF (+7,5 %), mais la ministre précise que cette hausse s’explique surtout par la prise en compte de ces exonérations, qui n’étaient pas intégrées dans les prévisions initiales.
Une croissance revue à la baisse, une inflation plus élevée.
Le contexte international a pesé sur les prévisions. Les tensions au Moyen-Orient et la guerre russo-ukrainienne ont fait grimper les cours des matières premières, ravivé l’inflation et durci les conditions de financement.
Croissance : 8,6 %, contre 9,5 % initialement (−0,9 point).
Inflation moyenne annuelle : 5,2 %, contre 3,5 % prévu.
PIB nominal : révisé à la baisse de 2,5 %.
Recettes minières : en recul de 9,5 %, touchées par la crise au Moyen-Orient.
Recettes fiscales : en hausse de 8 %, avec une pression fiscale de 14,2 % du PIB, contre 12,9 % prévu.
Des comptes ajustés à l’exécution réelle
Au 15 octobre 2026, les recettes liquides mobilisées atteignaient 44 225,37 milliards GNF, soit 85 % des prévisions de la loi de finances initiale. Les engagements de dépenses s’élevaient à 29 982,15 milliards GNF, soit 54 %.

Le projet ajuste les comptes en conséquence :
les disponibilités du Trésor à la Banque centrale sont ramenées à 2 706 milliards GNF, en baisse de 1 794 milliards ;
les charges financières de la dette sont réduites de 648,1 milliards ;
les primes de performance de la Direction générale des Impôts augmentent de 259 milliards, en contrepartie de l’objectif de recettes qui lui est assigné ;
les transferts aux chambres d’agriculture et de commerce, les prélèvements au compte de la CEDEAO et les frais au profit du Guichet unique du commerce extérieur sont intégrés.
Les dépenses d’investissement reculent de 2 729,1 milliards GNF. Ce recul découle de la revue des projets du Programme Simandou 2040, issue de la retraite de Yorokoguia, qui vise à accélérer les projets « suffisamment matures ». Le déficit s’établit à 2,01 % du PIB, contre 2,07 % prévu, et il est entièrement couvert par des financements identifiés.
Simandou 2040 : planifier, financer, exécuter
Pour Ismaël Nabé, la croissance « ne suffit pas » si elle ne se traduit pas en emplois, en revenus et en services sociaux. Il résume la chaîne ainsi : Simandou 2040 fixe le cap, la programmation budgétaire organise les moyens, la loi de finances autorise les choix publics, et l’exécution doit produire des résultats mesurables.
Le ministre met en avant plusieurs signaux de confiance :
Notation souveraine : la note B+ de S&P Global Ratings a été confirmée en mars 2026, avec une perspective relevée à positive.
Risque-pays : il est passé de la catégorie 7 à la catégorie 6 le 16 octobre.
OCDE : le Conseil de l’organisation a accepté, le 16 septembre, la candidature de la Guinée à son Centre de développement.
Royaume-Uni : l’ambition d’investissement britannique en Guinée passe de 1,8 à 2,7 milliards de livres sterling (environ 3 milliards de dollars).
Coopération : 284,8 millions de dollars sont attendus pour 2025-2026, auxquels s’ajoutent notamment 280 millions de dollars avec le Fonds de l’OPEP (2026-2028), 170 millions de dollars de la BADEA pour des universités, 310,5 millions d’euros de la BIDC-CEDEAO pour six projets prioritaires et 1,2 milliard d’euros annoncés par la France.
Le ministre a aussi souligné les résultats statistiques de 2026 : RGPH-4, EDS-6 et lancement du premier Recensement général des entreprises. Il en tire l’objectif de passer d’une économie observée de façon partielle à une économie « connue, mesurée et pilotée ».
Un budget sous le signe de la rigueur et du calendrier politique
Mariama Ciré Sylla a replacé ce budget dans le calendrier institutionnel : législatives et communales du 31 mai, installation des députés le 17 juillet, sénatoriales prévues le 20 décembre. Elle a aussi annoncé que les discussions avec le FMI devraient aboutir « très prochainement » à un programme économique et financier.
Les deux ministres ont fini sur la même note : des ressources limitées appellent des choix rigoureux. « Davantage de résultats avec chaque franc investi », a résumé le ministre du Plan. Les députés doivent maintenant examiner et adopter le texte.
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